
Et c'est pas le chanteur de Tokyo Hotel qui me contredira.
J'en profite pour adresser une petite pensée aux sans abris qui doivent dormir dehors par ce froid de canard, et pour vous raconter une petite histoire. Fin novembre, tandis que je profitais à Paris d'une température pas encore tout à fait hivernale, le panneau suivant m'interpela :

Comment comment comment? Il existe une rue de Brosse, et quelqu'un a eu l'outrecuidance d'en barrer l'accès à un obsédé de ces objets poilus? Je résolus aussitôt d'en avoir le coeur net.

Mon pélerinage n'est pas des plus glamours. Le laisser-aller règne en maître au Royaume des Brosses.
Je me retourne pour prendre en photo la librairie du compagnonnage...

... Quand un frisson étranger au froid me parcourt l'échine.

Des hommes dorment dans la rue, à quelques encâblures de l'Hôtel de Ville de Paris! Oh, ce n'est pas un scoop. Rien de sensationnel. Regardez, ils ont même la télévision et une poste en bas de chez eux, ces nantis.
Blague à part, le choc fut énorme. Ils étaient si épuisés que le brouhaha des voitures et des cars de touristes ne les atteignait plus au fond de leur sommeil. Nous sommes à deux pas de Notre-Dame, que vous voyez ici en arrière-plan.
Nous sommes surtout à deux cents mètres à vol d'oiseau d'un magasin de luxe pour animaux.

Du haut de gamme pour des animaux! Voilà un concept qui ne pénètre pas mon cerveau incrédule. J'enrage de ne rien pouvoir faire contre la détresse de ces gars s'abandonnant aux bons soins d'un trottoir, j'enrage de devenir un voyeur photographiant la misère.
Un autre clochard en larmes m'interpela lorsque je prenais le groupe endormi en photo :
- Mais qu'est-ce que tu fous? Qu'est-ce que tu fous? Tu prends la misère en photo? Tu peux pas faire ça! Qu'est-ce que tu fous?
- Justement, je suis dessinateur et je voudrais montrer leur misère sur mon blog...
- Mais tu peux pas faire ça! Moi regarde-moi, je pleure, ça fait deux mois que je suis à la rue, ça fait deux mois que je pleure. J'ai 28 ans, putain! J'ai toujours travaillé et je suis à la rue, pour quelques factures en retard! Je travaillais depuis que j'avais 20 ans, et maintenant je suis comme eux!
- Mais tu n'as pas de famille vers qui te tourner?
- Ils veulent plus me voir, ils m'ont rejeté. Bon, et puis, maintenant, ça n'arrange rien, y a ça (il me montre la 8/6 qu'il tient à la main). Qu'est-ce que je vais devenir?
L'histoire se finit par une pièce de deux euros qui glisse d'une main à l'autre, sans aucune illusion quant à sa capacité à changer quoique ce soit.
Gib.